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Les difficiles débats scientifiques

Énergie nucléaire, nanotechnologies, OGM, etc., les controverses scientifiques et technologiques suscitent des débats de société sans que les citoyens n’aient vraiment leurs mots à dire.

Difficile d’organiser sereinement des débats publics autour des grands projets et des questions scientifiques. En 2009-2010, celui consacré aux nanotechnologies est fortement perturbé par ses détracteurs, au point que des réunions sont annulées. En 2010, celui sur l’EPR de Flamanville est très critiqué. En 2013, c’est le débat public autour de l’enfouissement des déchets nucléaires à Bure qui tourne court.

A Lyon, des chercheurs travaillent pour nous

Depuis trois ans, la capitale rhodanienne s’est dotée d’une Boutique des sciences afin de mettre en relation la société civile et le monde académique autour de projets concrets. Grâce à elle, les associations peuvent bénéficier d’études indépendantes réalisées par un chercheur sur les sujets de leur choix.

 

Sciences : « Les grandes orientations doivent être données par les citoyens »

Biologiste retraité des laboratoires, Jacques Testart s’est d’abord fait connaître en participant aux recherches sur la fécondation in vitro qui a permis la naissance du premier « bébé éprouvette » en 1982, avant de se faire critique de sciences. À travers une vingtaine d’ouvrages, il dénonce depuis 20 ans les dérives de ces recherches et des sciences en général, et milite pour une démocratisation du secteur scientifique.

 

D’où est venu votre intérêt pour les liens entre sciences et société ?

C’est un cheminement de 30 ans, émaillé d’expériences et de déceptions. Je suis devenu chercheur en 1964, je travaillais sur la multiplication de vaches de haute qualité laitière, par le biais de transplantations d’embryons. En les transférant dans plusieurs vaches, l’objectif était d’obtenir plusieurs petits d’une même vache performante chaque année. Les premiers veaux issus de ces recherches sont nés en 1972. Dans le même temps, les éleveurs bovins connaissaient une grave crise en raison de la surproduction de lait et il y avait même des primes à l’abattage. J’ai réalisé alors le hiatus entre ce programme de recherche et le bien commun. Cela m’a amené à réfléchir au rôle de la science pour la société, à ce qu’elle pouvait apporter aux citoyens. J’ai changé de métier et je suis allé travailler à l’hôpital sur la fécondation in vitro humaine, où j’ai très vite réagi aux dérives : la course à l’argent, le rapport infernal aux médias, les actions aventureuses, etc. On touchait là à l’humain, et pourtant, je me suis vite aperçu qu’il n’y avait pas plus d’éthique qu’avec les vaches. J’ai été déçu car je pensais jusque-là que les sciences étaient ce qui allait sauver le monde. J’ai pris conscience que, comme la plupart de mes collègues, je faisais de la technologie et non de la science, cette dernière consistant à apporter des connaissances sur le monde. J’étais complètement dégouté et j’ai commencé à alerter l’opinion publique sur ces questions. En 2002, j’ai rencontré d’autres chercheurs conscients et on a créé l’association pour une Fondation des sciences citoyennes.