A l'école Vitruve, l’apprentissage du collectif

vitruve1web.gifDans le 20ème arrondissement de Paris, il existe depuis 50 ans une école primaire publique qui cultive l’esprit collectif. Sans directeur, elle fonctionne grâce à une équipe d’instits soucieux d’enseigner aux enfants le vivre ensemble autant que la lecture. 

À l’école primaire Vitruve, ce sont les enfants qui font visiter les lieux. A mon arrivée, je suis prise en charge par deux élèves qui m’entrainent dans les couloirs, me présentent dans chaque classe, m’expliquent le fonctionnement du self... La première chose que l’on remarque, ce sont les dizaines d’affiches scotchées sur tous les murs. Les plus vieilles datent de 50 ans, les plus récentes de la veille. Elles annoncent des brocantes, des fêtes, listent des groupes, etc.

Dans chaque couloir et escalier est punaisée une feuille « contrôleurs de vitesse », avec des prénoms et des flèches. Les élèves inscrits ont pour mission de contrôler que personne ne court. « Comme on ne monte pas en rang, ça permet d’éviter les bousculades et les accidents », expliquent mes deux guides. Eux font partie du groupe des coordinateurs, chargés de représenter les élèves dans les conseils d’école. Il y a aussi le groupe des coopérateurs, qui s’implique dans les questions budgétaires, celui des ludothécaires, en charge des jouets, des médiateurs pour régler les conflits et enregistrer les plaintes, des rappeleurs de manteaux qui veillent à ce que les élèves ne prennent pas froid dehors, etc. L’implication des enfants dans la vie de l’école est évidente.  

« Une école différente avec les conditions du public »

L’école Vitruve a été créée en 1962 par un inspecteur d’académie militant de l’éducation nouvelle. Autour de la place de la Réunion, dans ce quartier défavorisé de Paris, Robert Gloton décide de « faire échec à l’échec scolaire » et lance une expérimentation dans trois écoles primaires (Vitruve est la seule qui existe encore). L’idée était de « transformer les pratiques pédagogiques et d’interroger le statut de l’enfant », explique Frédéric, instituteur élu coordinateur de l’école pour cette année. « A Vitruve, on considère l’enfant comme un petit être responsable, on privilégie le faire et l’investissement dans l’action pour acquérir les savoirs ». Ici, on ne suit pas une pédagogie définie, même si on n’est pas loin de Freinet qui met l’expérimentation au cœur des apprentissages. « Moins t’es formaté, mieux c’est », résume une institutrice. La volonté d’ancrer les savoirs dans le concret se manifeste par la mise en œuvre de nombreux projets, notamment l’organisation collective annuelle de classes vertes pour tous, le travail en groupes, le décloisonnement des matières, l’ouverture sur le quartier. Cette année, des élèves travaillent par exemple autour de la fontaine de la place de la Réunion. Pour préparer le spectacle qu’ils organiseront sur cette place à la fin de l’année, ils vont à la rencontre des habitants pour les interroger sur l’histoire du quartier, ils étudient le cycle de l’eau, apprennent des poèmes sur les fontaines…

L’autre caractéristique importante de cette école expérimentale est qu’elle est restée une école publique de secteur. Elle accueille donc principalement des enfants du quartier. « 90% des élèves viennent de familles qui n’ont pas choisi d’être dans cette école », indique Frédéric. Certains parents sont inquiets ou réticents, notamment sur le statut de l’enfant. Vitruve ne correspond pas toujours à la représentation qu’ils se font de l’école, avec un adulte autoritaire qui dirige une classe. Il faut les tranquilliser et les impliquer dans le fonctionnement. « C’est important qu’on reste confrontés au secteur. C’est une école différente avec les conditions du public, c’est-à-dire peu de moyens. Pourtant, ça marche. On fait là, tout de suite et maintenant ». 

vitruve2web.gifRemplacer la compétition par la coopération

à Vitruve, les niveaux sont mélangés. Si les CP et les CM2 (ces derniers étant rebaptisés Classe terminale) forment des classes à part entière, les CE1, CE2 et CM1 sont réunis en CI, classes intermédiaires. Une organisation qui encourage l’entraide entre les enfants : lorsqu’un élève a fini son travail, il va aider ceux qui en ont besoin. Une fois assis en classe, les cours se déroulent à peu près comme partout. Maths, français, histoire… à l’issue de leurs cinq années à Vitruve, les enfants en savent autant que les autres. La différence est qu’il n’y a ni notes ni devoirs, et que les enfants sont plus libres et plus autonomes que dans la plupart des autres écoles. « On substitue la compétition par la coopération entre les élèves », résume Frédéric. 

Les classes vertes, qui déménagent l’école à la campagne durant une dizaine de jours, sont le point culminant du travail collectif. « En classe verte, on travaille en groupe, on élabore les repas nous-mêmes, on rencontre plein de gens », rapporte Léna, qui en est à sa dernière année de primaire. Si les parents sont impliqués pour la préparation (notamment via l’organisation d’une brocante annuelle), aucun n’accompagne les enfants durant ce séjour. « Il s’agit de faire vivre l’autonomie aux enfants », explique Frédéric. Une partie de l’argent nécessaire aux classes vertes provient des élèves qui organisent à chaque récréation une tartinade : ils vendent du café pour les adultes, du chocolat chaud et des gâteaux, et apprennent en même temps à compter, à travailler ensemble. 

Pour les instituteurs, l’organisation en groupes change beaucoup de choses. « Ce n’est pas le même métier. La formation des maîtres insiste sur le "un maître-une classe", alors que de nombreux enseignants ressentent de l’isolement dans leur métier », explique Isabelle, qui enseigne ici depuis 30 ans. Le système offre une grande souplesse et permet un suivi plus personnalisé des élèves. Ainsi, les classes de CP sont parfois regroupées pour les moments d’apprentissage de la lecture. Une institutrice prend en charge un petit groupe d’enfants qui ont besoin de plus de temps pour apprendre, pendant que son collègue gère la quarantaine d’autres CP plus en avance sur la lecture. Pour permettre cela, les instituteurs doivent être vraiment engagés dans la pédagogie de l’école. Car « ce n’est pas facile de travailler collectivement. Il faut renoncer à son autorité sur une classe, se confronter aux autres, être moins individualiste », soulignent les enseignants. 

En sortant de Vitruve, les élèves rejoignent très souvent l’enseignement traditionnel. Ils se retrouvent alors confrontés à un système dans lequel l’entraide n’existe plus et l’autonomie est réduite. « Passé un temps d’adaptation, ils réussissent plutôt bien et sont souvent délégués de classe, une façon de continuer à s’impliquer dans la vie scolaire », indique Frédéric. Et puis, « ce que tu as acquis n’est jamais perdu. Ici, les enfants acquièrent des outils d’émancipation qui leur seront toujours utiles », conclut Isabelle. 

Sonia

Pour en savoir plus : Site web de l'école Vitruve

Cet article est tiré du dossier "Pour une école émancipatrice", paru dans le magazine papier numéro 3 sorti en mars 2014. Pour commander ce numéro, c'est ici

 

Sommaire du Dossier éducation :

Commentaires

Beau texte et belle réalisation que cette école Vitruve, juste une remarque à la fin il est dit que beaucoup d'élèves sortent de cette école pour aller dans un enseignement "traditionnel'. Ce terme n'est pas approprié nous devrions dire par exemple "conventionnel" car l'éducation dispensée dans nos écoles aujourd'hui n'a rien de traditionnelle. C'est pareil pour la médecine où souvent le terme de traditionnelle est utilisé pour valoriser et définir la médecine conventionnelle. @+ Pol

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