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Edito #11 et sommaire

Il s’en est passé des choses depuis notre dernier numéro… Nous l’avions bouclé juste avant le début du phénomène Nuit Debout. Quatre mois après, l’effervescence est retombée. Mais l’apparence de ce calme estival ne doit pas être trompeuse. Les désillusions et la colère n’ont pas disparu. Les manifestations et les actions ont été nombreuses et bien garnies, elles devenaient si incontrôlables et déterminées que l’État a même parlé de les interdire. Ce qui s’est passé sur les places, dans les rues et dans les têtes est l’expression d’un besoin immense de renouveau et d’espoir. Il ne s’agit plus de réclamer tels ou tels nouveaux droits, de quémander le maintien de certains acquis. L’ambition est plus profonde, il s’agit de changer radicalement les mécanismes qui engendrent une situation dont on ne voit plus de débouchés. Chacun a pu s’exprimer lors de ces assemblées. Elles ont bien sûr leurs limites, les débats peuvent s’éterniser, tourner en rond, s’embourber ou prendre des directions qui n’intéressent pas grand monde. Mais ces espaces de discussions ont surtout servi à créer l’ébauche d’un commun qui manque tant à notre imaginaire et à nos réalités, à soupeser nos forces.

Quand le gouvernement ment, la rue rue

Mardi 14 juin, nous avons répondu à l’appel de la manifestation nationale contre la loi travail, à Paris. Étions-nous 80.000 personnes, comme le dit la police, ou 1 million, comme l’affirme la CGT ? Nous n’avons pas pu compter... Ce qui est sûr, c’est que nous étions nombreux, très nombreux. Pour avoir remonté tout le cortège, de la place d’Italie aux Invalides, soit 5,5 km, nous avons vu une foule dense sur presque tout le parcours, trottoirs compris.

A Lyon, des chercheurs travaillent pour nous

Depuis trois ans, la capitale rhodanienne s’est dotée d’une Boutique des sciences afin de mettre en relation la société civile et le monde académique autour de projets concrets. Grâce à elle, les associations peuvent bénéficier d’études indépendantes réalisées par un chercheur sur les sujets de leur choix.

 

Info en continu : faire vite, faire court

BFM TV nous a proposé de suivre une de leurs équipes présentes au procès du Carlton de Lille. Nous voulions tenter de comprendre comment les journalistes de ces chaînes d’info en continu alimentaient leurs canaux avec des interventions qui durent souvent entre quarante secondes et une minute trente.

J'ai testé pour vous : la méthode de recrutement par simulation

Jouer à la dinette pour devenir serveur ou remplir des bacs à glaçons avec des objets de couleur pour postuler à un travail à la chaîne, bienvenue dans le nouveau dispositif test de Pôle Emploi. Voici le témoignage d’un ex-chômeur qui s’est plié à l’exercice.

Tout juste redevenu chômeur, j’apprends que pour postuler à un emploi saisonnier en Franche-Comté (voir encadré), je dois désormais passer un test de simulation. Par exemple, pour un poste de serveur, on te fait jouer à la dînette, m’explique Pôle Emploi en guise de première présentation. Pour le poste « opérateur de ligne industrie agro-alimentaire » (il s’agit dans mon cas d’emballer du fromage à raclette), je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Alors je me suis dit, « essayons toujours, ça restera une incursion ethnologique dans ce que trame aujourd’hui Pôle Emploi ».

La révolution des communs

Quel est le lien entre l'eau, les forêts, la terre, les logiciels libres, les connaissances, etc ? Tous peuvent être considérés comme des communs, un concept qui soutient une vision optimiste de l’humanité basée sur la coopération plutôt que sur l’accaparement.

La notion des communs reste floue, le concept largement méconnu, mais l’idée commence à faire son chemin. Elle pourrait bien faire mentir l'idée communément admise qu’une chose qui appartient à tout le monde n’appartient en fait à personne, et qu’elle finit par être délaissée. Ces représentations ne sont pas anodines. Elles sont très répandues et servent aussi bien à légitimer la place et les prérogatives des gouvernants qu’à imposer une vision politique et économique qui écarte le peuple des instances réelles de décisions, au motif que les personnes n’agiraient que pour favoriser leurs propres intérêts. Au contraire, la vision des communs affirme une dimension positive de l’action collective, dans laquelle les individus seraient en mesure de s’autogouverner pour résoudre les conflits liés à l’usage et à l’accessibilité de biens ou de ressources.

Le réveil de la lutte des classes ?

Dans un contexte de casse du droit du travail et de chômage de masse, deux films viennent rappeler que la lutte n'est pas vaine. Et s'ils redonnaient un peu du souffle manquant pour transformer la bagarre contre la réforme du travail en l'une des plus fortes mobilisations sociales de ces dernières années ?

Ce sont deux films qui sortent à quelques semaines d’intervalle dans les salles de cinéma et qui pourraient avoir plus d’impact qu’il n’y paraît. Le film Comme des lions, réalisé par Françoise Davisse, suit de l’intérieur la contestation d’ouvriers de l’usine PSA d’Aulnay contre le plan de fermeture du site. Au total, 3.000 personnes sont menacées de licenciement. Quelques centaines de salariés, essentiellement des ouvriers, s’engagent alors dans un bras de fer de deux ans avec la direction de l’entreprise. Piquets de grève, manifestations, actions coups de poing... Une lutte intense, jusqu’à l’occupation finale de l’usine pendant quatre mois, qui n’a néanmoins pas suffi à empêcher la fermeture du site. Plus que le conflit social en lui-même, c’est l’aventure collective vécue par les grévistes et la solidarité qui en découle que relate Comme des lions.

Ivre, le Monstre en spaghettis volant créa le monde

Dans les pays où les signes religieux sont autorisés sur les photos officielles, les pastafariens revendiquent le droit de porter une passoire sur la tête. C’est avec une bonne dose d’humour et une reconnaissance officielle de son culte que l’Eglise du Monstre en spaghettis volant veut défendre la laïcité.

Ces médias libres qui résistent

Les médias libres diffusent une information différente et plus variée que celle proposée par la presse dominante. Ses atouts résident dans son indépendance et sa proximité avec les gens, mais cette liberté se paie souvent au prix de la précarité.

Si l’information est un combat, les médias sont des armes et certains préfèrent les difficultés du maquis au confort du journalisme de marché. Cette résistance aux médias dominants représente des centaines de journaux, de sites Internet, de radios ou de télés associatives. Tous différents dans la forme, le ton et le fond, ils ont au moins une caractéristique commune : l’indépendance financière. Ces médias peuvent se prétendre libres parce qu’ils ne sont pas soumis aux pressions des grands patrons de presse et des annonceurs. Ils appartiennent à ceux qui les fabriquent et vivent grâce à ceux qui les lisent ou les soutiennent.

Sciences : « Les grandes orientations doivent être données par les citoyens »

Biologiste retraité des laboratoires, Jacques Testart s’est d’abord fait connaître en participant aux recherches sur la fécondation in vitro qui a permis la naissance du premier « bébé éprouvette » en 1982, avant de se faire critique de sciences. À travers une vingtaine d’ouvrages, il dénonce depuis 20 ans les dérives de ces recherches et des sciences en général, et milite pour une démocratisation du secteur scientifique.

 

D’où est venu votre intérêt pour les liens entre sciences et société ?

C’est un cheminement de 30 ans, émaillé d’expériences et de déceptions. Je suis devenu chercheur en 1964, je travaillais sur la multiplication de vaches de haute qualité laitière, par le biais de transplantations d’embryons. En les transférant dans plusieurs vaches, l’objectif était d’obtenir plusieurs petits d’une même vache performante chaque année. Les premiers veaux issus de ces recherches sont nés en 1972. Dans le même temps, les éleveurs bovins connaissaient une grave crise en raison de la surproduction de lait et il y avait même des primes à l’abattage. J’ai réalisé alors le hiatus entre ce programme de recherche et le bien commun. Cela m’a amené à réfléchir au rôle de la science pour la société, à ce qu’elle pouvait apporter aux citoyens. J’ai changé de métier et je suis allé travailler à l’hôpital sur la fécondation in vitro humaine, où j’ai très vite réagi aux dérives : la course à l’argent, le rapport infernal aux médias, les actions aventureuses, etc. On touchait là à l’humain, et pourtant, je me suis vite aperçu qu’il n’y avait pas plus d’éthique qu’avec les vaches. J’ai été déçu car je pensais jusque-là que les sciences étaient ce qui allait sauver le monde. J’ai pris conscience que, comme la plupart de mes collègues, je faisais de la technologie et non de la science, cette dernière consistant à apporter des connaissances sur le monde. J’étais complètement dégouté et j’ai commencé à alerter l’opinion publique sur ces questions. En 2002, j’ai rencontré d’autres chercheurs conscients et on a créé l’association pour une Fondation des sciences citoyennes.

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