Le réveil de la lutte des classes ?

Dans un contexte de casse du droit du travail et de chômage de masse, deux films viennent rappeler que la lutte n'est pas vaine. Et s'ils redonnaient un peu du souffle manquant pour transformer la bagarre contre la réforme du travail en l'une des plus fortes mobilisations sociales de ces dernières années ?

Ce sont deux films qui sortent à quelques semaines d’intervalle dans les salles de cinéma et qui pourraient avoir plus d’impact qu’il n’y paraît. Le film Comme des lions, réalisé par Françoise Davisse, suit de l’intérieur la contestation d’ouvriers de l’usine PSA d’Aulnay contre le plan de fermeture du site. Au total, 3.000 personnes sont menacées de licenciement. Quelques centaines de salariés, essentiellement des ouvriers, s’engagent alors dans un bras de fer de deux ans avec la direction de l’entreprise. Piquets de grève, manifestations, actions coups de poing... Une lutte intense, jusqu’à l’occupation finale de l’usine pendant quatre mois, qui n’a néanmoins pas suffi à empêcher la fermeture du site. Plus que le conflit social en lui-même, c’est l’aventure collective vécue par les grévistes et la solidarité qui en découle que relate Comme des lions.

Ivre, le Monstre en spaghettis volant créa le monde

Dans les pays où les signes religieux sont autorisés sur les photos officielles, les pastafariens revendiquent le droit de porter une passoire sur la tête. C’est avec une bonne dose d’humour et une reconnaissance officielle de son culte que l’Eglise du Monstre en spaghettis volant veut défendre la laïcité.

Ces médias libres qui résistent

Les médias libres diffusent une information différente et plus variée que celle proposée par la presse dominante. Ses atouts résident dans son indépendance et sa proximité avec les gens, mais cette liberté se paie souvent au prix de la précarité.

Si l’information est un combat, les médias sont des armes et certains préfèrent les difficultés du maquis au confort du journalisme de marché. Cette résistance aux médias dominants représente des centaines de journaux, de sites Internet, de radios ou de télés associatives. Tous différents dans la forme, le ton et le fond, ils ont au moins une caractéristique commune : l’indépendance financière. Ces médias peuvent se prétendre libres parce qu’ils ne sont pas soumis aux pressions des grands patrons de presse et des annonceurs. Ils appartiennent à ceux qui les fabriquent et vivent grâce à ceux qui les lisent ou les soutiennent.

Sciences : « Les grandes orientations doivent être données par les citoyens »

Biologiste retraité des laboratoires, Jacques Testart s’est d’abord fait connaître en participant aux recherches sur la fécondation in vitro qui a permis la naissance du premier « bébé éprouvette » en 1982, avant de se faire critique de sciences. À travers une vingtaine d’ouvrages, il dénonce depuis 20 ans les dérives de ces recherches et des sciences en général, et milite pour une démocratisation du secteur scientifique.

 

D’où est venu votre intérêt pour les liens entre sciences et société ?

C’est un cheminement de 30 ans, émaillé d’expériences et de déceptions. Je suis devenu chercheur en 1964, je travaillais sur la multiplication de vaches de haute qualité laitière, par le biais de transplantations d’embryons. En les transférant dans plusieurs vaches, l’objectif était d’obtenir plusieurs petits d’une même vache performante chaque année. Les premiers veaux issus de ces recherches sont nés en 1972. Dans le même temps, les éleveurs bovins connaissaient une grave crise en raison de la surproduction de lait et il y avait même des primes à l’abattage. J’ai réalisé alors le hiatus entre ce programme de recherche et le bien commun. Cela m’a amené à réfléchir au rôle de la science pour la société, à ce qu’elle pouvait apporter aux citoyens. J’ai changé de métier et je suis allé travailler à l’hôpital sur la fécondation in vitro humaine, où j’ai très vite réagi aux dérives : la course à l’argent, le rapport infernal aux médias, les actions aventureuses, etc. On touchait là à l’humain, et pourtant, je me suis vite aperçu qu’il n’y avait pas plus d’éthique qu’avec les vaches. J’ai été déçu car je pensais jusque-là que les sciences étaient ce qui allait sauver le monde. J’ai pris conscience que, comme la plupart de mes collègues, je faisais de la technologie et non de la science, cette dernière consistant à apporter des connaissances sur le monde. J’étais complètement dégouté et j’ai commencé à alerter l’opinion publique sur ces questions. En 2002, j’ai rencontré d’autres chercheurs conscients et on a créé l’association pour une Fondation des sciences citoyennes.

Edito #10 et sommaire

Le patrimoine cumulé des 1% les plus riches du monde a dépassé l’année dernière celui des 99% restants, en tenant compte des dettes, estime Oxfam. L’Organisation non gouvernementale a aussi calculé que les 62 premières fortunes mondiales possèdent autant que le reste du monde. Ces chiffres, difficiles à appréhender tellement ils sont vertigineux, illustrent magistralement l’accaparement des ressources par quelques-uns au détriment du plus grand nombre. Chaque année, lorsque la presse s’en fait l’écho, l’impuissance nous gagne. Le rouleau compresseur néo-libéral et ses valeurs individualistes semblent bien difficiles à freiner. Pourtant, des alternatives pointent timidement leur nez.

C’est le cas du concept des communs, qui depuis quelques années, fédère celles et ceux qui interrogent notre modèle économique et nos pratiques de gouvernance. Les communs nous proposent de sortir de la dualité entre un État tout-puissant et la privatisation généralisée, pour explorer les chemins de la gestion collective. Les communs peuvent aussi bien concerner les biens numériques que les ressources naturelles ou intellectuelles, s’appliquer à l’échelle d’une petite communauté ou à la terre entière. La force des communs repose sur leur capacité à lier des luttes jusque-là séparées : la « dégooglisation d’Internet » rejoint ainsi le mouvement de libération des semences dans une même optique de réappropriation des biens collectifs.

Du thé et des glaces au parfum d’autonomie

Agroalimentaire pourrait ne plus rimer avec malbouffe, mauvaises conditions de travail et fournisseurs sous-payés. La Fabrique du Sud à Carcassonne avec ses glaces, ainsi que SCOP Ti à Gémenos avec ses thés et infusions, rassemblent des ouvriers en SCOP, convaincus qu'une autre voie passant par exigence sociale et environnementale est possible. Et ça marche !

Pour une société « sans miroir assassin »

Suzanne Weber, 87 ans, est l’auteure d’Avec le temps… De la vieillesse dans les sociétés occidentales et de quelques moyens de la réhabiliter (Los Solidarios, les éditions Libertaires). Cette militante libertaire, ancienne professeure de mathématiques, analyse les difficultés d’être vieux dans notre société moderne.

Qu’est-ce que l’âgisme, comment se manifeste-t-il?

L’âgisme, comme toutes les formes de racismes, se base sur des stéréotypes, qui sont les négatifs des normes sociales de performances et de compétitivité. Les vieux sont vus a priori comme handicapés, séniles, impotents physiques. Bref, comme déficitaires par rapport aux exigences de notre société ! Toute personne âgée peut être suspectée de sénilité à l’occasion d’un oubli banal, de clés par exemple. Ce qui ne lui remontera pas le moral… En effet, les personnes âgées intériorisent souvent l’âgisme et risquent de perdre confiance en elles-mêmes. Cela d’autant plus que l’on n’accorde plus aucun crédit à leurs paroles. Cela peut être dramatique en cas de maltraitance car leur plainte sera systématiquement entachée d’un doute.

« Les plantations ne sont pas une forêt »

Isabelle a grandi dans le Morvan, elle a vu la forêt évoluer, les feuillus se faire remplacer par des cultures de résineux. Elle ne compte plus les coupes à blanc qui dégradent le paysage, déjà uniformisé par les plantations de pin douglas. Pour protéger la forêt, Isabelle s’est engagée. Elle est aujourd’hui la référente forêt de l’association Adret Morvan. Nous sommes partis en balade avec elle.

« Il faut conscientiser les gens sur la nécessité de préserver les forêts »

Gestionnaire forestier indépendant et titulaire d'une thèse en écologie, Gaëtan du Bus est à l'initiative du Réseau Alternatives forestières, dont il est désormais administrateur. Cette association, créée en 2008, s'est donné comme objectif de promouvoir une sylviculture écologiquement et socialement solidaire.

 

Depuis deux cents ans, la superficie des forêts françaises a considérablement augmenté. Comment ces nouvelles forêts se sont-elles constituées ?

Depuis le Moyen-Âge et jusqu’au XIXe siècle, la superficie forestière a d’abord beaucoup diminué, passant de près de 30 % du territoire à environ 10 % en 1850. Malgré des textes pour protéger la forêt, notamment l’ordonnance de Colbert en 1669 qui visait à garantir l’approvisionnement en bois pour les besoins seigneuriaux et militaires, la pression sur les forêts était considérable. Le bois était la première source d’énergie et de construction et la forte densité de population dans les milieux ruraux nécessitait des besoins de chauffage importants. Puis l’industrie naissante des forges, verreries et tanneries a aussi eu besoin de bois et de charbon de bois comme source d’énergie.

Fourier, l'utopiste passionné

Philosophe, penseur, rêveur, utopiste, socialiste, réaliste, on ne sait trop comment présenter Charles Fourier, qui publie au début du XIXe siècle une théorie de l’Attraction universelle. Lui se considère plutôt comme un inventeur qui a imaginé ce que pouvait être un monde où l’organisation sociale se base sur la pleine expression des passions et les principes de l’association. Il ouvre la voie du travail attrayant avec ses séries passionnées, la courte durée des séances, l’absence de contrainte. Fourier critique le monde civilisé et s’étonne que la pauvreté puisse naître de l’abondance même. Ce qu’il propose à l’humanité, c’est la clé d’accès à l’Harmonie universelle.« Qu’est-ce que l’utopie ? C’est le rêve du bien sans moyen d’exécution, sans méthode efficace. » Ces mots ont paradoxalement été écrits par Charles Fourier, considéré comme l’un des plus importants représentants du socialisme utopique. Si ce n’est peut-être l’évocation des phalanstères, son nom n’a guère laissé de traces dans l’imaginaire collectif. Charles Fourier ne se considère donc pas comme un utopiste, mais comme l’inventeur de « l’attraction passionnée » et du « mécanisme sociétaire ». Il expose les bases de sa théorie dans un ouvrage imprimé en 1808, dans lequel il compare son invention à la découverte par Newton des lois du « mouvement matériel ». Avec son étude des passions, Fourier pense avoir deviné celles du « mouvement social », qui doivent, par étapes successives, nous conduire du chaos à l’Harmonie universelle.

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