Edito #4 et sommaire

Lutopik4v34-page001.jpegIl y a un an, nous étions en pleine préparation du premier numéro de Lutopik. Nous en sommes maintenant au quatrième et c’est grâce à vous que l’aventure se poursuit. Pour répondre à une question qui nous est souvent posée, voici la petite histoire de ce magazine. À son origine, nous trouvons deux journalistes qui après avoir fréquenté quelques rédactions en étaient venus à ne plus trop aimer ce métier. Trop vite, trop mal, trop de sujets inutiles, trop de discours établis... Ce travail ne nous convenait pas, nous avions envie d’autres choses. Entre voyages, saisons et autres expériences, nous nous étions quelque peu écartés du monde de la presse. C’est en ramassant des châtaignes que nos chemins se sont croisés et que l’idée de créer ce journal a germé dans nos caboches, où trottaient encore les rêves de deux reporters.

Le LAP: un lycée en autogestion

03_lutopik.gifÊtre acteur de sa formation et voir dans le lycée autre chose qu’une fabrique à bacheliers : tel est l’esprit du LAP, le lycée autogéré de Paris. Dans cet établissement public, toutes les décisions sont votées par les élèves et les professeurs, chacun possédant une voix.

Prisons : les travailleurs de l'ombre

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Des travaux forcés à l'oisiveté subie, de la souffrance au travail comme partie intégrante de la peine au travail comme récompense et gage de réinsertion : le travail en prison reste méconnu.

Du quart au tiers selon les sources, il est assez difficile de connaître précisément la proportion de personnes qui travaillent derrière les barreaux. Seule certitude : beaucoup plus aimeraient y avoir accès. Il existe plusieurs sortes de travail en détention. Le service général concerne toutes les tâches internes qui contribuent au fonctionnement de l'établissement (ménage, buanderie, cuisine...), et le travail de production réalisé soit pour le compte de la RIEP, la Régie Industrielle des Établissements Pénitentiaires (fabrication de produits pour les administrations comme du mobilier urbain, charlottes pour les hôpitaux et même les uniformes des surveillants) soit pour des entreprises privées. Il s'agit le plus souvent de tâches répétitives, non qualifiées, de conditionnement, de façonnage ou de manutention.

Les monnaies locales revisitent l'économie

sardines.gifDans certaines villes, il est désormais possible de payer sa baguette en monnaie locale, sans passer par les euros. Ces monnaies revendiquent une économie sans spéculation, dans laquelle chaque citoyen contribue par ses achats au maintien ou au développement d'une offre de services et de produits locaux.

« Dynamiser l’économie locale », « éviter la thésaurisation et la spéculation », « refaire de la monnaie un moyen et non une fin », « ne pas laisser les marchés dominer notre économie et se réapproprier la monnaie » sont autant d’arguments mis en avant par les utilisateurs des monnaies locales complémentaires. Depuis 2010 et le lancement à Villeneuve-sur-Lot de l'abeille, la première monnaie locale française, les projets se multiplient. On en recense une vingtaine sur tout le territoire, et une quarantaine sont en cours de création. Malgré des divergences de fonctionnement, tous ces projets veulent faire de la monnaie un outil au service d’échanges locaux et éthiques et non plus un moyen de spéculation. « Cela répond au désir de reprendre le pouvoir sur notre monnaie. Par nos achats, on peut impulser un changement de société », souligne Françoise Lenoble, fondatrice et co-présidente de l’association qui a lancé l’abeille.

Yannick Loubet, maraîcher militant pour les semences libres

stand-loubet.gifHabitués depuis deux générations à acheter leurs semences dans le commerce, les agriculteurs sont peu nombreux à savoir encore faire leurs graines. Yanick Loubet a réappris, et partage désormais ses connaissances avec ceux qui lui demandent.

« La semence devient une marchandise alors que c’est la base de la vie », dénonce Yannick Loubet. Maraîcher, fils et petit-fils de maraîcher, l’homme est installé à Ruffey-lès-Beaune, en Côte-d’Or, où il cultive des légumes depuis 40 ans. Il y a une trentaine d’années, il se lance dans la production de semences paysannes pour répondre à la demande de restaurateurs qui voulaient des petits légumes de bonne qualité, impossibles à trouver sur les catalogues des semenciers. Devenu militant par la force des choses, il aide aujourd’hui d'autres agriculteurs à retrouver leur autonomie semencière.

Guy Dreux : « L’école est au service du capitalisme »

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Guy Dreux est enseignant de sciences économiques, membre de l’Institut de recherches de la FSU (Fédération syndicale unitaire de l’enseignement, de la recherche et de la culture) et co-auteur de La nouvelle école capitaliste sortie en 2011 aux éditions de La Découverte. Il nous explique comment l'école est devenue un outil au service du capitalisme, encourageant l'enseignement de « savoirs utiles » aux détriments d'un bagage culturel commun.

Qu’appelez-vous la nouvelle école capitaliste ? Qu’est-ce qui la caractérise ?

La nouvelle économie capitaliste fait référence au livre de Beaudelot et Establet publié en 1971 : L’école capitaliste en France. Dans cet ouvrage, les deux sociologues expliquaient que l’école de leur époque fonctionnait à la sélection et que cette sélection reposait sur la division du travail. Pour schématiser, le capitalisme avait besoin de 25 % de cadres et 75 % d’ouvriers et l’école y répondait en instituant deux filières : le primaire/professionnel et le secondaire/supérieur. Leurs travaux interrogeaient le fonctionnement de l’école dans le cadre d’une sociologie générale. C’est cette méthodologie que nous avons choisie de reprendre pour étudier l’école d’aujourd’hui.

Comté : un succès au détriment de l’environnement

ambiance_degustation_champetre_2013_avec_vaches-cigc_jean_pierre_van_der_elst.gifÀ l’instar de nombreuses filières AOP, le Comté, fierté fromagère régionale, n’a pas échappé à la course au productivisme. Cette intensification de la production, très localisée, provoque des pollutions qui mettent en péril la richesse écologique du terroir, pourtant nécessaire à la qualité du Comté.

Le Comté est une fierté pour les habitants de la région, mais il devient malheureusement aussi synonyme de catastrophe écologique. L’intensification des pratiques d’élevage depuis une vingtaine d’années est en grande partie responsable de la pollution des rivières franc-comtoises et de la chute de la diversité floristique observée dans les prairies. Les acteurs de la filière, qui ont fait du Comté un label de qualité, sont bien conscients du problème. Mais les considérations écologiques peinent à s’imposer face aux logiques productivistes et à la perspective de nouveaux marchés.

Blés en mélanges contre la chimie

blescouleur.gifContrairement aux gros céréaliers, Jean-Jacques Mathieu ne mise pas sur les pesticides et les engrais pour faire pousser du blé, mais sur le riche potentiel génétique de ses 200 variétés.

En 1997, Jean-Jacques Mathieu et sa femme se sont installés comme céréaliers sur une vingtaine d'hectares à Tréziers dans l'Aude. Au début, les rendements étaient très faibles. « Je n'y connaissais rien, j'utilisais du blé dur commercial en bio mais ça ne poussait pas, car ils étaient sélectionnés par et pour la chimie ». Les blés inscrits au catalogue « sont testés avec 200 unités d'azote », ajoute-t-il. Ils ne sont donc pas du tout adaptés à l'agriculture biologique.

Panser l’éducation populaire

lepage.gifDéfinie comme un apprentissage tout au long de la vie, l’éducation populaire devrait être au cœur de toute société démocratique en aiguisant la conscience politique de chaque individu. Malheureusement un peu oubliée, elle réapparait aujourd'hui avec des personnes qui se réapproprient le concept.

L’éducation populaire repose sur le partage de savoirs entre plusieurs personnes. Il s’agit de créer de l’intelligence collective, ce qui peut prendre une multitude de formes et concerner tous les domaines : l’échange de recettes de tartes au fromage, un cours d’histoire sur la Commune de Paris, des individus qui partagent leur expérience à propos du système de santé... L’éducation populaire, c’est la garantie que chacun puisse tout au long de sa vie améliorer ses connaissances sur le fonctionnement du monde.

Visite en neuroleptie / « L’injection est prête »

Pour finir avec le petit dossier sur la psychiatrie paru dans Lutopik #2, voici deux témoignages publiés initialement dans la revue Sans Remède n°4.

Visite en neuroleptie

« Allez, j’y vais, comme ça c’est fait ». J’ai honte d’avoir cette pensée, qui pourtant s’incruste avant chaque visite. Plus j’avance dans ce sens, plus je creuse un fossé entre lui et moi.
« Allez, j’y vais, comme ça c’est fait. » Est-ce par obligation ? Par culpabilité ? Avant tout je veux lui montrer par ma présence qu’il n’est pas seul. Pourtant j’ai du mal à y trouver un brin de plaisir. C’est la fin des vacances scolaires. Je ramène A. au train avant d’aller à l’HP de St Avé. Parfois nous y allons ensemble. C’est dur et grisant d’emmener un enfant dans cet endroit, surtout pour y voir son père. Horreurs des visites : 14h30. J’ai une demi-heure d’avance. La réponse, je la connais, mais je demande quand même à la blouse blanche si je peux voir E.. Elle me rembarre avec un sourire qui serait censé me faire patienter calmement. Un sourire qui m’énerve. Un sourire qui mériterait qu’elle le ravale et avec en prime son trousseau de clés, ses cachetons et sa bonne conscience. On ne déconne pas avec les horaires ici, bien que le temps semble ne pas exister.

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