Energie : en quête d'autonomie

Dans un contexte de réchauffement climatique lié à nos émissions de gaz à effet de serre, et alors que le prix de l’énergie fossile et nucléaire est condamné à augmenter, les projets d’autonomie énergétique apparaissent de plus en plus pertinents. À l’échelle d’une maison, d’une île, d’un village ou d’un territoire, partout, des citoyens s’engagent dans la voie de la production d’énergies renouvelables, avec des ressources disponibles gratuitement et en abondance.

D’après le Larousse, l’autonomie est la « possibilité de décider, pour un organisme, un individu, sans en référer à un pouvoir central, à une hiérarchie, une autorité ; indépendance ». En matière énergétique, l’autonomie consiste donc à reprendre en main la gouvernance d’un aspect essentiel de notre quotidien. Notre première source de dépendance est le pétrole, à l’origine de plus de 40 % de l’énergie utilisée (principalement dans le secteur du transport). Avec cette ressource, uniquement concentrée dans certains endroits du globe, il est difficile d’envisager une quelconque autonomie. De plus, l’avenir ne sera pas au polluant pétrole, de plus en plus rare donc de plus en plus cher. En deuxième place, l’électricité représente environ le quart de l’énergie consommée en France. C’est sur cette dernière que nous allons principalement nous attarder dans ce dossier, car c’est sur elle que reposent les possibilités d’autonomie les plus importantes.

En France, l’électricité est aux trois quarts d’origine nucléaire. Le pays ne produit plus d’uranium, et ce combustible est donc importé. Malgré cela, l'énergie nucléaire est toujours considérée comme un facteur de notre indépendance dans les bilans énergétiques français. L’électricité française est présentée comme l’une des moins chères d’Europe, mais son prix est artificiellement bas : il ne tient pas compte du coût élevé du démantèlement des centrales qui arrivent en fin de vie, ni de l’impact des déchets et des mesures de sécurité que cette production nécessite. Penser l’autonomie énergétique nécessite donc de s’écarter du nucléaire pour se tourner vers les énergies renouvelables, les seules dont les ressources sont locales, gratuites et accessibles à tous, au moins pour ce qui est du soleil, du vent et de la houle.

Plusieurs facteurs motivent la recherche d’autonomie énergétique. Il peut s’agir de s’inscrire dans une démarche écologique, de sécuriser l’approvisionnement et éventuellement d’apaiser les relations internationales, de dynamiser un territoire autour d’un projet commun, de mettre en pratique un savoir-faire, de réduire sa facture ou de se mettre en conformité avec la loi. C’est par exemple le cas pour les territoires d’outre-mer : la loi de la transition énergétique pour la croissance verte, votée en juillet 2015, leur demande d’être autonomes en énergie d’ici 2030.

S’il y a plusieurs raisons pour viser l’autonomie, il y a aussi plusieurs façons de la concevoir. Certains ne sont pas connectés au réseau national d’électricité, soit par conviction, pour ne pas utiliser d’énergie nucléaire par exemple, soit parce qu’ils n’ont pas le choix, leur habitat n’étant pas raccordé au réseau parce que trop isolé. Ceux-là consomment uniquement l’énergie qu’ils produisent. Pour d’autres, l’autonomie est moins autarcique et plus collective. Ils peuvent choisir de devenir gestionnaires de leurs propres moyens de production d’énergie, même si celle-ci est réinjectée dans le réseau. C’est le cas quand des habitants, et/ou des collectivités territoriales et/ou des partenaires privés s’associent pour mener à bien un projet local de production d’énergie renouvelable.

Couper le cordon avec EDF

Quels que soient les circonstances et les moyens adoptés, la quête d’autonomie énergétique passe toujours par la réappropriation de connaissances. D’où vient l’énergie ? Comment peut-on la produire ou la distribuer ? Combien coûte-t-elle ? Quels sont les principaux postes de consommation ? Des questions importantes, mais oubliées avec la facilité avec laquelle on a accès à l’énergie. Tout juste a-t-on conscience qu’il serait mieux d’éteindre la lumière en quittant une pièce pour ne pas trop la gaspiller. Quand on commence à lier production et consommation d’énergie, on est plus enclin à réfléchir à nos besoins et aux conséquences que cela engendre, notamment en termes de gaspillage, de pollution ou de déchets. La recherche de l’autonomie passe ainsi systématiquement par la diminution de la consommation énergétique.

Une fois le projet d'autonomie couché sur le papier, le plus dur reste à faire. Car il n’est pas facile de se faire une place dans un système électrique complexe sur lequel EDF a encore un fort pouvoir malgré l’ouverture à la concurrence[1]. Sur l’île de Sein, par exemple (voir p.26), des habitants voudraient récupérer la gestion du réseau électrique pour passer du quasi 100 % fioul au 100 % renouvelable. Mais le Parlement a refusé un amendement à la loi pour permettre aux petites zones non interconnectées de quitter la tutelle d’EDF. De nombreux projets d’énergie citoyenne aimeraient aussi revendre leur production électrique à des fournisseurs type Enercoop ou Hydronext, qui garantissent à leurs clients une électricité 100 % renouvelable (d’un point de vue commercial, car une fois injectés dans le réseau, les watts nucléaires, carbonés, solaires ou éoliens ne sont pas différenciables). Mais pour le moment la réglementation limite encore les possibilités pour ces sociétés de lier des contrats avec les producteurs. Soit elles n’ont pas accès aux mêmes tarifs d’achat qu’EDF, soit elles sont limitées à une puissance et un nombre de contrats.

Stocker l'énergie

Autre frein au développement de l’autonomie énergétique, la difficulté d’intégrer les énergies renouvelables dans le réseau électrique. Parce que le soleil s’arrête de briller la nuit ou que le vent retombe parfois, ces énergies sont dites intermittentes. « Pour des taux de pénétration inférieurs à 30 %, l’impact de la production intermittente reste limité et peut être pris en charge par le système électrique. En revanche, lorsque le taux de pénétration augmente, des déséquilibres peuvent survenir », explique la CRE, la Commission de régulation de l’énergie, qui veille au « bon fonctionnement des marchés de l’électricité et du gaz ». Pour remédier à cette difficulté, il faut donc adapter les infrastructures, par exemple en développant des capacités de stockage de l’électricité, multiplier la complémentarité des sources d’énergie (le vent continue de souffler quand le soleil se couche) ou les interconnexions (quand le vent s’arrête quelque part il souffle ailleurs, connecter différents réseaux permet de lisser la production), ou en développant des technologies pour ajuster les temps de consommation et de production. Des aménagements qui nécessitent certains investissements, mais qui apparaissent indispensables pour développer les énergies renouvelables décentralisées et permettre aux gens d'y prendre part.

Sonia

[1] La production et la fourniture (vente de l'électricité aux consommateurs finaux) sont ouverts à la concurrence. Une trentaine de fournisseurs se partagent le marché, Par contre,Le transport de l’électricité à haute tension sur les grands axes du réseau relève uniquement de RTE (Réseau transport électricité). Cette filiale d’EDF, indépendante financièrement, veille aussi à ce que l’équilibre entre l’offre et la demande soit respecté. Pour cela, elle gère les importations et exportations électriques avec nos voisins européens via les réseaux d’interconnexion (la France est le premier pays européen exportateur d’électricité). La distribution jusqu’aux utilisateurs finaux, qui concerne le réseau secondaire, est assurée à 95 % par Enedis (ex-ERDF et filiale à 100 % d’EDF) et quelques « entreprises locales de distribution », vestiges d’entreprises communales ayant refusé de rejoindre EDF lors de la nationalisation des industries électriques et gazières en 1946.


Cet article est l'introduction du dossier sur l'autonomie énergétique publié dans le numéro 13 paru à l'hiver 2016/2017. Pour le commander, ou vous abonner, c'est ICI.

Sommaire du dossier "En quête d'autonomie énergétique"

p.6 Introduction

p.8 Entretien avec Benjamin Dessus, spécialiste du nucléaire

p.13 Autoconstruire son système énergétique

p.16 Ces maisons hors réseau

p.18 Dur d'être dans le vent

p.20 A Montdidier, l'énergie en régie

p.22 La montée en puissance de l'énergie citoyenne

p.26 Redonner vie à l'hydroélectricité

p. 28 L'autonomie à fleur d'eau

 

Commentaires

Bonjour . Très bon article plaçant en exergue la relation : politique - énergie . Néanmoins , il ne faut pas oublier tous les aménagements à effectuer pour contrer les effets du réchauffement climatique . Ces aménagements sont très loin de se satisfaire du mix-énergétique actuel . Au regard des tensions engendrées par l' exode actuel des nord-africains ; il serait peut être intéressant que notre gouvernement convoque l' inventeur d' une centrale à énergie renouvelable . Une capacité productrice équivalente à 16 réacteurs nucléaire ne doit certainement pas officier de chargeur pour cure-dents électronique ...

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