Quand le gouvernement ment, la rue rue

Mardi 14 juin, nous avons répondu à l’appel de la manifestation nationale contre la loi travail, à Paris. Étions-nous 80.000 personnes, comme le dit la police, ou 1 million, comme l’affirme la CGT ? Nous n’avons pas pu compter... Ce qui est sûr, c’est que nous étions nombreux, très nombreux. Pour avoir remonté tout le cortège, de la place d’Italie aux Invalides, soit 5,5 km, nous avons vu une foule dense sur presque tout le parcours, trottoirs compris.

Alors que des gens n’étaient pas encore partis et que d’autres continuaient à arriver place d’Italie deux heures après le début de la manifestation, nous sommes arrivés sur une place des Invalides déjà bien remplie.

Pourtant, aujourd’hui, en lisant la presse et en écoutant les infos, on ne trouve rien ou presque sur cette journée, hormis les vitres cassées de l’hôpital Necker. Une vidéo montre un individu, agissant seul, qui donne des coups de marteau dans quelques vitres de l’hôpital pour enfants, c’est inepte et le symbole est regrettable. D’autres vitrines ont été visées, plus politiques : banques, panneaux publicitaires par exemple. Mais dans la foule, il y avait surtout des centaines de milliers de manifestants venus de toute la France dire leur ras-le-bol de ce gouvernement et de cette politique. Pourquoi les médias les ignorent-ils ? Eux si friands d’images fortes, ils auraient pourtant pu être servis s’ils avaient cherché un peu ailleurs que dans le discours officiel et la montée en épingle d’un évènement qui ne reflète pas la manifestation. Par exemple, comment les bus qui amenaient des manifestants de toute la France se sont retrouvés bloqués avant d’arriver porte d’Italie, comment des centaines de voyageurs ont commencé leur manif dans un tunnel pour rejoindre le cortège, comment la police a gazé et utiliser le canon à eau contre tous ceux qui osaient arriver jusqu’au bout du parcours, comment elle a séparé le cortège, attisant la colère, comment le préfet ou le gouvernement a envoyé des dizaines de policiers au casse-pipe, les mettant en situation d’être encerclés par plus nombreux qu’eux, comment ils ont bouché toutes les issues de l’esplanade des invalides et provoqué des mouvements de foule dangereux... Pour les médias adeptes du choc des images, il y avait de quoi faire, en plus des vitres de l’hôpital Necker.

Ceux qui préfèrent le poids des mots auraient également trouvé leur bonheur s’ils s’étaient donné la peine de tendre leurs micros ou de gribouiller leurs calepins. « Medef, Medef, Mais défonçons-les », « P comme pourri, S comme salaud, à bas le parti socialo », « tout le monde déteste le parti socialiste », « on ne négocie pas la régression sociale, on la combat par la grève générale », « crions plus fort, pour que personne ne nous ignore », etc. se faisaient entendre tout le long du cortège. Les mêmes slogans scandés depuis des mois, voire des années pour certains, mais criés avec toujours autant de rage, si ce n’est plus. Sur le bord de la route, des stands font la promo d’une autre démocratie possible, des librairies font de l’éducation politique. Si les médias ne s’en font pas l’écho, alors comment se faire entendre ? Le gouvernement est sourd à la rue, mais, comme on pouvait le lire sur les murs de Paris hier, « quand le gouvernement ment, la rue rue ».

La rédaction

 

 

 

Commentaires

Merci pour cet autre angle d'attaque, de vue, de perspective...

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